PREMIER ÉTAGE - SECOND DEGRÉ

COLLECTION MUDAM
17/11/2010 - 10/04/2011
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À travers les œuvres de sa collection, le Mudam aborde un esprit qui, depuis Marcel Duchamp, n'a cessé de souffler sur la création contemporaine. Les pratiques du détournement et de l'ironie servent à l'esprit critique des artistes en leur procurant de la distance et des filtres nécessaires pour la partie ludique dans leurs recherches souvent sérieuses.

Christoph Büchel : No Future, 2008, Collection Mudam Luxembourg

Depuis le début du siècle dernier, le détournement, l'appropriation, la récupération sont autant de pratiques auxquelles bon nombre d'artistes contemporains s’adonnent avec un plaisir non dissimulé. Marcel Duchamp en premier lieu, joueur d'échec invétéré, qui d’un coup magistral fait pat l'art en exposant en 1917 un urinoir signé R. Mutt. Et surtout le mouvement Dada, au nom choisi au hasard dans le dictionnaire, qui invente un art à la fois ludique et contestataire en réponse à la folie rationnelle d'une société profondément marquée par un conflit mondial meurtrier. Qu'ils cherchent à prendre à défaut nos habitudes et certitudes ou plus simplement qu’ils s'intéressent à la poésie du quotidien, ces artistes, dotés d’un humour parfois ravageur, partagent le goût du jeu et n’hésitent pas à démonter les codes de l’art et de notre société.

Vue de l’exposition Premier étage – Second degré. Collection Mudam
© Photo : Andrés Lejona

General Idea, dans les années 80, fut un collectif d’artistes emblématique de l'art de la subversion, moquant les travers d'une société matérialiste en retournant contre elle son imagerie : visuel corporate, publicité, presse. À ce titre les Pasta Paintings sont éloquentes, chacun y reconnaît immédiatement les logos des cartes de crédit Visa et Mastercard composés de pâtes alimentaires.

L'appropriation des techniques et pratiques des médias pour mieux en souligner la vacuité est également caractéristique de l'art de Claude Closky. À l’infini, Guili-Guili décline une série de dessins constitués de pages prélevées dans les magazines dont l’artiste sape la portée initiale. D’inoffensifs phylactères contenant onomatopées ou interjections entraînent un effet comique auquel il est difficile de résister : « Argh », « Tagada » ou « Caramba » s’exclament ainsi benoîtement les protagonistes de ce monde d’images glacées.

Beaurin Domercq : Beaurin Domercq, 1998, Collection Mudam Luxembourg

Certains artistes affichent une attitude délibérément provocatrice, punk, à la manière d'Albert Oehlen dont le titre espagnol de son tableau Bobo Alegre convoque la figure de « l'Imbécile heureux », de John Giorno dont les invectives s’affichent effrontément sur fond coloré, ou encore de Christoph Büchel qui invite un quatuor de charmantes octogénaires à interpréter le « God Save the Queen » des Sex Pistols. No Future. Oui, mais lequel ?

D'autres, plus loufoques, n'hésitent pas à se mettre dans des situations flirtant avec le ridicule à l’instar de Heimo Zobernig dans sa vidéo N°24 où il fait face, dans un combat aux accents héroïques, aux assauts des couleurs rouge, verte et bleue qui tentent de le faire littéralement disparaître. L’artiste luttant contre l'art abstrait en quelque sorte… C'est également une poésie de l'absurde qui parcourt les films « 'pataphysiques » de João Maria Gusmão et Pedro Paiva où les lois de la physique semblent abolies et le surnaturel avoir subrepticement pris le pas.

Avant-plan : Jürgen Drescher : Zu groß für übers Sofa, 1984, Collection Mudam Luxembourg

C'est une autre sorte de jeu, plus prosaïque, usant de l'appropriation d'objets ou de formes existantes qui se déploie dans les travaux d’artistes tels que Tony Cragg ou Jürgen Drescher, l’un « peignant » à l’aide de matériaux récupérés, l’autre prélevant directement le sol de sa cuisine pour l’ériger en tableau-sculpture. Dans tous les champs de la création, le détournement semble d’ailleurs s’immiscer : le designer Sam Baron reprend la production de faïence traditionnelle portugaise et en réinterprète les formes vernaculaires tandis que le styliste Martin Margiela invente des objets à fonctions multiples.

Cependant que le premier niveau du musée est désormais dédié à la présentation thématique de la collection, l'exposition Premier étage - Second degré propose de découvrir sans a priori des œuvres où subversion et poésie, humour et critique se mêlent et s’entrechoquent.

À gauche : Martin Margiela : Veste artisanale « Sac de Voyage » & Handbag, 2006. À droite : Walter Van Beirendonck : Terror Mask, 2003 - 2004