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Réalisées à partir de photographies de plateau ou de portraits d’acteurs trouvés dans des librairies d’occasion, d’images extraites de livres de seconde main ou de cartes postales anciennes, les œuvres que l’artiste britannique John Stezaker (1949) crée depuis le milieu des années 1970 ont pour origine la fascination que peut exercer l’image trouvée, inversant ainsi la hiérarchie habituelle entre l’artiste et l’œuvre : « Ce sont les images qui me trouvent plutôt que l’inverse », se plaît à répéter John Stezaker. À l’exemple de sa série Mask, dans laquelle des cartes postales recouvrent, tels des masques, les visages d’acteurs de cinéma, ses collages et ses fragments d’images se caractérisent par des modes d’intervention minimaux : le recadrage, l’inversion, la superposition, la juxtaposition, etc.
Parce qu’elles renvoient à une époque récente mais néanmoins révolue, les images qu’utilise John Stezaker mettent en œuvre le pouvoir imaginatif et révélateur que les Surréalistes percevaient dans les objets « démodés ». « Je suis intéressé par l’obsolescence des images, le point où elles deviennent illisibles, mystérieuses, où elles touchent à un autre monde », précise John Stezaker. Ses œuvres proposent un arrêt, ou un retard, dans le flot d’images qui caractérise le monde contemporain, rendant soudainement visibles des images qui s’éclipsaient derrière leurs usages et leurs fonctions.
Si elles s’inscrivent à plusieurs égards dans la continuité des pratiques du collage qui ont marqué l’art du XXe siècle, les œuvres de John Stezaker se distinguent notamment par la manière dont elles abordent la construction du sens : celui-ci n’est pas appréhendé en termes de composition, mais est l’objet d’une certaine
« suspension ». La ligne créée par la rencontre entre deux images hétérogènes devient, pour John Stezaker, un espace en soi, « profondément attirant », où peut s’engouffrer le regard et d’où peuvent émerger d’autres significations. Ses œuvres explorent le potentiel du non-dit, troublant nos habitudes de spectateur en même temps qu’elles soulignent le pouvoir du regard.

Mask CIV

Dans cette série développée depuis le début des années 1980, des cartes postales anciennes dépeignant des grottes, des tunnels ou des cascades entrent en résonance formelle avec les portraits qu’elles recouvrent, si bien que l’on se surprend à lire ces vues pittoresques comme les traits de visages. Ces masques proposent également une plongée dans les tréfonds de ces portraits généralement stéréotypés, comme une ouverture sur « un espace derrière le visage ».

John Stezaker
Mask CIV, 2011
Collage
25,8 x 20,4 cm
Collection Mudam Luxembourg
Acquisition 2011
© Photo : Alex Delfanne, London

Siren Song I

John Stezaker
Siren Song I, 2011
Collage
25,3 x 20,7 cm
Collection Mudam Luxembourg
Acquisition 2011
© Photo : Alex Delfanne, London

The Bridge (from the Castles Series)

Cette série renvoie au roman inachevé Le Château que Franz Kafka rédigea en 1922. Elle combine des vues de Prague prises par le photographe tchèque Karel Plicka dans les années 1940, créant des perspectives labyrinthiques et kafkaïennes dont les motifs jouent avec les continuités et les ruptures entre les images.

The Bridge (from the Castles Series) XIII

John Stezaker
The Bridge (from the Castles Series) XIII, 2006
Collage
30 x 22 cm
Collection Mudam Luxembourg
Acquisition 2011
© Photo : Alex Delfanne, London

The Bridge (from the Castles Series) XVI

John Stezaker
The Bridge (from the Castles Series) XVI, 2008
Collage
30 x 22 cm
Collection Mudam Luxembourg
Acquisition 2011
© Photo : Alex Delfanne, London

The Bridge (from the Castles Series) XL

John Stezaker
The Bridge (from the Castles Series) XL, 2008
Collage
34 x 24 cm
Collection Mudam Luxembourg
Acquisition 2011
© Photo : Alex Delfanne, London
 
 

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