Associé à Martin Kippenberger et Werner Büttner au sein du groupe des « Neue Wilde » au cours des années 1980, Albert Oehlen (*1954) décortique impitoyablement le processus pictural. Loin de s’effrayer de la « mauvaise peinture », il travaille la matière, brouille les motifs, malmène les supports et n’hésite pas à pousser ses expérimentations toujours plus loin. Ironique, insolent et autocritique, Oelhen, musicien de rock par ailleurs, ne cesse d’être à la recherche de modes d’expression picturale qui permettent de « rendre visible » ; ce qui, pour reprendre les mots de l’artiste allemand Paul Klee (1897-1940), constitue l’essence même de l’art. Pourtant, Oehlen est tout à fait conscient de l’écueil éventuel de cette démarche. La notion d’échec, qu’il évoque fréquemment, fait d’ailleurs pleinement partie de son approche de la peinture, tournant en dérision la revendication de cette dernière à fournir des réponses à tout.

Froher Depp

Albert Oehlen
Froher Depp, 1996
Huile sur toile
220 x 340 cm
Collection Mudam Luxembourg
Apport FOCUNA
Acquisition 1997
© Photo : Rémi Villaggi

Dans Froher Depp (« imbécile heureux », 1996), Oehlen semble superposer plusieurs tableaux. Aux délimitations nettes de certains champs colorés succède la spontanéité d’interventions gestuelles, l’artiste repeignant, brouillant mais aussi enrichissant la composition. Liant avec virtuosité des langages picturaux différents, les tableaux d’Oehlen apparaissent comme de véritables condensés d’énergie visuelle, dont les couleurs, les formes et les lignes sont en dissolution et reconstitution permanentes.

OUT OF STORAGE I – PEINTURES CHOISIES DE LA COLLECTION
06/03/2008 – 26/05/2008