MUDAM Logo

DE NOS TERRITOIRES

On montrera audit Sauvage, telles étaient les instructions qu’avait reçues Bernard, la vie civilisée sous tous ces aspects.(1)

...et les comprimés de soma à portée de sa main, c’est là qu’elle demeura ; et pourtant, ce n’est point là qu’elle était, elle était tout le temps ailleurs, infiniment loin, en congé : en congé dans quelque autre monde...(2)

L’art transgresse joyeusement toutes les frontières. Il se plaît à mêler réel et utopie, vérité et fiction, sans jamais prétendre avoir raison. Son monde est plein de rivalités aussi, mais aucune guerre n’a jamais été déclenchée à cause de lui, probablement parce que personne ne peut brandir l’étendard de l’art et marcher dans une seule direction : un tel drapeau, existerait-il, flotterait dans tous les sens à la fois.

Les scènes de bataille ne manquent pas pour autant, fussent-elles peuplées de carcasses d’insectes (Jan Fabre), et les champs aux possibilités multiples peuvent être délimités par des clôtures suspendues, flexibles et sensibles à la lumière noire (Claude Lévêque). Le paysage, une fois consciencieusement arpenté, se résume parfois en des formes géométriques (Richard Long), tandis que l’histoire de deux pays aux idéologies amies est évoquée par l’emprise de la jungle sur l’un et de la bureaucratie sur l’autre (Sven Johne).

Richard Long : Black Charcoal Circle, Athens, 1989
Collection Mudam Luxembourg, © Photo : Andrés Lejona

Mais il y a aussi le regard critique, non dénué d’humour et de tendresse, sur les mondes véritables : peut-on s’empêcher de sourire lorsque les interminables discussions sur l’assimilation et l’intégration politique sont concrétisées par un puzzle domestique en forme de pays à rectifier soi-même à l’aide d’une lime à ongles (Alexandra Croitoru) ? Ou lorsque les vitrines de nos magasins font penser à des autels dédiés aux dieux inexpugnables de la consommation mondialisée (Valérie Belin) ? Et que dire de la confusion des langages dans l’innocente jungle disneyenne lorsqu’elle est revisitée par un artiste vivant à l’ère de la mondialisation (Pierre Bismuth) ? Ou encore, des intérieurs domestiques stéréotypés qui conditionnent à la normalité et dont la platitude cède face à l’imprévisible éruption de la passion amoureuse (Sylvie Blocher) ?

Et puis il y a ceux qui fabriquent leurs propres territoires en rassemblant les éléments épars des jungles urbaines et industrielles (Pedro Cabrita Reis), ceux qui imaginent leurs propres paradis dans le monde virtuel (Haluk Akakçe), et ceux qui observent le monde depuis leur orbite personnelle en parodiant ainsi, en quelque sorte, l’indiscrétion de google earth (Miguel Palma) ?

D’autres encore relient des cultures éloignées dans le temps et l’espace. C’est le cas de Su-Mei Tse dont la fontaine déverse de l’encre de Chine comme si tous les mots écrits depuis l’invention de l’écriture en Orient et en Occident ne l’avaient été que pour saisir le souvenir du gargouillement de l’eau dans le bassin d’un jardin baroque.

Sans compter, enfin, ceux qui nous disent que la seule vérité sur le monde est celle que nous fabriquons dans nos têtes, pour le meilleur et pour le pire, à des fins politiques, religieuses ou poétiques : et pourquoi notre terre ne serait-elle pas, finalement, plate comme une assiette (Nedko Solakov) ?

(1) & (2) Aldous Huxley, Brave New World, 1932

Nedko Solakov : The Thruth (The Earth is Plane,The World is Flat), 1992-2003 (détail)
Collection Mudam Luxembourg, © Photo : Andrés Lejona
 

Mudam Luxembourg
3, Park Dräi Eechelen
L-1499 Luxembourg

info@mudam.lu

Nous trouver

Accueil
+352 45 37 85-960

Standard administratif
+352 45 37 85-1

Visites guidées
+352 45 37 85-531
visites@mudam.lu

Mudam Boutique
+352 45 37 85-980

Mudam Café
+352 45 37 85-970