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MANON DE BOER

THE SPACE OF WORDS
19/02/2009 - 25/05/2009

« Je suis fascinée par l’observation du visage d’une personne absorbée par sa lecture, en train de jouer de la musique ou de réfléchir, car c’est souvent pendant ces moments-là que les gens, étant tellement concentrés sur une activité intérieure, oublient leur visage ‘social’. Ce sont des moments pendant lesquels un espace mental se reflète sur le visage, comme une surface entre l’intérieur et l’extérieur. » Prenant le plus souvent la forme de films, les œuvres de Manon de Boer ne suivent pas les conventions narratives filmiques. Elles proposent plutôt des points d’accès à des notions abstraites telles que le temps, l’espace mental ou la subjectivité. L’attention et la concentration de l’interprète, de l’acteur, de la personne enregistrée ou filmée, mais aussi celle du spectateur, sont ainsi au cœur de sa pratique.

Manon de Boer : Laurien, 1996-2007, Courtesy Jan Mot, Bruxelles,
Photo © Aurélien Mole
Manon de Boer : Robert, June 1996, 1996, Courtesy : Jan Mot, Brussels

Les films Laurien (1996–2007), Robert, June 1996 (1996) et Robert, September 2007 (2007) sont des portraits filmés, constitués de plans-séquences de la durée d’une pellicule super8, le format original des oeuvres. Filmés à plusieurs moments sur une période de onze ans, les portraits se concentrent sur les visages des personnages plongés dans leur activité : Laurien est en pleine lecture, tandis que Robert joue de la guitare. Les œuvres s’intéressent aux légers changements qui surviennent sur les visages, aux regards qui évoluent, aux gestes involontaires, à ceux qui révèlent l’état de concentration. L’absence de son accentue la construction d’un espace mental, et traduit une impossibilité de communication entre l’espace des personnes filmées et celui du regardeur.

Manon de Boer : Switch, 1998, Courtesy Jan Mot, Bruxelles, Photo © Aurélien Mole

Le même type d’écart se retrouve dans l’œuvre sonore Switch (1998). Pour réaliser celle-ci, l’artiste a demandé à la chanteuse anglaise Alison Goldfrapp de répéter phonétiquement trois courts monologues dans des langues qu’elle ne parle pas, en néerlandais, en français et en espagnol. Ignorant la signification des mots qu’elle répète, Goldfrapp s’attache à reproduire les tons, les intonations et les rythmes, créant un simulacre de langue dénué de sens. L’auditeur, quant à lui, se plaît à reconnaître les sonorités des langues, à rechercher du sens dans ce qu’il entend, à y deviner des mots ou à s’attarder sur les écarts. Plaçant paradoxalement l’écoute au centre de l’œuvre, Switch propose un état de déconnexion similaire à celui qu’on rencontre quand on est plongé dans un contexte dont on ne connaît pas la langue.

 

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