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RAYMOND HAINS

THE SPACE OF WORDS
19/02/2009 - 25/05/2009

Raymond Hains, « roi du calembour métaphysique », comme l’appela Iris Clert, dont la pensée n’a cessé « d’évoluer et de proliférer dans de gigantesques méandres analogiques », a développé tout au long de sa carrière de multiples stratégies pour déconstruire le langage, soustrayant, à première vue, son sens afin de l’enrichir de nouvelles significations.

C’est à la fin des années 1940 que Hains expérimente pour la première fois un procédé de distorsion optique en photographiant des formes lumineuses et des objets à travers des plaques de verre cannelé. Ces expérimentations sont nommées « photographies hynagogniques », terme médical qui définit les états de pré-sommeil ou semi-sommeil, et notamment les hallucinations qu’ils génèrent. Elles aboutiront rapidement à l’invention d’une machine, appelée l’hypnagogoscope. Avec l’artiste Jacques de la Villeglé, Hains propose en 1953 au poète Camille Bryen l’« éclatement » de son poème Hépérile, devenant ainsi Hépérile éclaté. Bryen accueille le geste des deux artistes avec ces mots : « Vive le courant d’air de l’illisible, de l’inintelligible, de l’ouvert ! Aujourd’hui, grâce à Raymond Hains et Jacques de la Villeglé, les deux Christophe Colomb des ‘ultra-lettres’, voici le premier livre heureusement illisible… le premier poème à dé-lire. » Les six photographies Hépériles éclatés (1953) présentées ici sont des agrandissements des pages du livre, réalisés ultérieurement par l’artiste.

Raymond Hains : Palissade, 1976, Collection Frac Bourgogne,
Photos © Aurélien Mole

Les « affiches lacérées », prélevées telles quelles dans l’espace public, sont une autre méthode utilisée par Hains pour déconstruire le sens. La superposition des différentes couches d’affiches fait émerger une multitude d’associations et de significations nouvelles. Plusieurs de ces œuvres incluent le support d’origine : Palissade (1976) a ainsi été prélevée en 1976 dans la clôture qui entourait le chantier du Centre Pompidou à Paris. Ce procédé amusait Hains d’autant plus qu’il pouvait renchérir ironiquement sur la déconstruction du sens avec le jeu de mots des « lapalissades ». C’est la même curiosité pour les signes du quotidien jouant avec les limites du sens qui a conduit Hains, avec Tags Boulevard Raspail (1994), à photographier les tags sur un rideau métallique de magasin alors qu’il préparait son exposition à la Fondation Cartier à Paris.

 

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