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MONDES INVENTÉS, MONDES HABITÉS

08/10/2011 - 15/01/2012
Vernissage 07/10/2011 18h00
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L’objet technique est indissociable de l’histoire humaine, mais la relation entre l'Homme et la technique reste complexe. Synonyme de progrès selon la conception occidentale, l’objet technique est à la fois désiré et suspect, suscitant tour à tour espérance, émerveillement et désillusion. L’exposition Mondes inventés, Mondes habités aborde la question de la technique transcendée par le génie artistique. Elle met en avant des créateurs, des « poètes techniques », qui, plutôt que de se limiter à l’aspect utilitaire, basent leur recherche sur la compréhension de l’existence et la beauté des machines. Ainsi, à travers les œuvres d’une vingtaine d’artistes de différentes générations et aux horizons divers, transparaissent la capacité d’invention et d’émerveillement, l’audace et la curiosité qui caractérisent l’aventure humaine, artistique et technique.

Conrad Shawcross : The Nervous Systems (Inverted), 2011, Courtesy de l’artiste et galerie Victoria Miro, Londres, Commande et Production Mudam Luxembourg avec la collaboration de la galerie Victoria Miro, Londres © Photo : Andres Lejona

Dans le Grand Hall, le visiteur est tout d'abord invité à contempler au plus près le spectacle du ballet mécanique de la machine à toronner de Conrad Shawcross. L’exposition s'articule ensuite autour de quatre parties. Dans la première, elle s'attache à la figure singulière de l’inventeur et à l’imaginaire qui nourrit ses recherches. Toute une mythologie s’est en effet développée au fil des siècles autour de l’artiste-inventeur dont la figure tutélaire est sans conteste Léonard de Vinci, génie artistique et visionnaire par excellence, tout autant architecte et ingénieur que peintre et musicien.

Avec l’apparition de la science moderne et de la motorisation, le 19e siècle a laissé une littérature riche en personnages démiurges, savants fous et autres risque-tout, ayant une foi absolue dans la science et son potentiel. Ce sont ces personnalités hautes en couleur qui semblent inspirer le cinéaste Jan Švankmajer dans son film Leonardo’s Diary et ses dessins d’improbables machines érotiques, tout aussi hilarantes qu’inquiétantes lorsque la machine paraît prendre le pas sur l’homme et lui dicter ses faits et gestes.

Robert & Shana ParkeHarrison : Kingdom, 2000, Courtesy Jack Shainman Gallery, New York © Photo : Eric Chenal / Blitz

De mêmes sentiments mélangés affleurent dans les photographies, en apparence surannées, de Robert et Shana ParkeHarrison. Celles-ci mettent en scène un personnage équipé de prothèses et autres instruments exploratoires bricolés, qui entretient une relation étroite voire fusionnelle avec le monde, inquiet des enjeux futurs de la planète. La frontière entre le merveilleux et l’apocalyptique semble ici tenue et fragile.

La relation entre l’individu et la nature est également présente chez Panamarenko à travers notamment son Knikkebeen, véritable prothèse « bipédique » inspirée de la marche des chameaux. Pour l’artiste, la machine peut - et doit - être le médiateur d’un développement harmonieux avec notre environnement.

Panamarenko : Knikkebeen, 2011, Courtesy Mulier Mulier, Knokke-Le-Zoute & Collection privée, Belgique © Photo : Andres Lejona

Aussi fantaisiste mais résolument trivial, Paul Granjon fabrique des robots au comportement anthropologique. Il les a conçus sexués et leur procure une aire de jeu sous forme d’arène. Ils se croisent, se flairent, s’accouplent, se reposent... et jurent. À l’opposé, les diagrammes complexes et fascinants de Paul Laffoley revêtent un caractère quasi mystique, détaché de tout prosaïsme. Ses visions et conceptions d’un monde futur relèvent d’un mélange de philosophie, d’ésotérisme et de technologie.

La deuxième partie de l’exposition souligne la beauté de l’expérience ainsi que l’accomplissement des formes qui découlent de l’observation et de la compréhension de phénomènes physiques ou de forces naturelles. La prise en compte de phénomènes existants fait ainsi partie intégrante du travail de Roman Signer. L’eau, la terre, le feu et l’air sont en quelque sorte ses matériaux.

« J’ai un rapport presque magique à la Nature. [...] La forme finale de la sculpture émerge de son propre accord. C’est un aspect qui se retrouve dans tous mes travaux. Je ne fais pas tout moi-même, je laisse le dernier mot aux forces naturelles qui sont impliquées » (1), déclare l'artiste. Il partage avec Panamarenko cet art de l’observation et de l’étude de la nature. Ce dernier conçoit et réalise toutes sortes d’engins qui peuvent être considérés comme autant d’extensions de son propre corps. Ils le propulsent sur terre mais aussi dans l’air, l’eau et - rêve ultime - l’espace. C’est évidemment avant tout la beauté de l’expérience - nullement obérée par l’échec -, la poésie du danger et du risque inhérent au pari de toute invention que nous proposent Panamarenko et Roman Signer.

Nancy Rubins : Table and Airplne Parts, 1990, Collection Frac Bourgogne, Dijon © Photo : Andres Lejona

Dans ce même esprit de transcendance et de dépassement des contraintes physiques, l’œuvre The Frictionless Sled de Chris Burden permet d’expérimenter l’élimination de la force de friction à l’origine de la résistance au mouvement. Véritable ouvrage d’art, son Mexican Bridge est également la démonstration de la confiance en l’esprit ingénieux de l’homme et sa capacité à domestiquer la nature. Il reflète la fascination de l’artiste pour les défis, ceux qui consistent à franchir les obstacles, connecter les gens, démultiplier les possibilités de déplacement. Et puisque les comprendre permet de s’en affranchir, d’autres préfèrent se jouer des lois de la physique. À ce titre, les œuvres de Vincent Ganivet et Nancy Rubins constituent de véritables tours de force qui défient les règles de la statique. Composées de matériaux lourds et volumineux tels que des parpaings ou des pièces provenant de fuselages d’avions, elles s’élèvent et se déploient en hauteur. Faisant fi de la gravité mais répondant à des principes de construction élémentaires, elles tiennent en équilibre, stupéfiantes de légèreté.

Björn Dahlem : (au centre) Schwarzes Loch (M-Spharen), 2007, Collection Saatchi, Londres © Photo : Andres Lejona

Le troisième volet étend les limites de notre univers et la perception que nous pouvons en avoir. Les artistes s’y approprient cette part de rêve intrinsèque à la découverte et à l’exploration de mondes mais aussi à la compréhension du vivant que les avancées scientifiques et technologiques ont rendu possibles en les rendant visibles.

La profondeur infinie du cosmos, le scintillement des étoiles transparaissent délicatement dans les subtiles gravures hyperréalistes de Vija Celmins. Parfois, ces paysages étincelants côtoient un dessin perspectiviste du maître italien du Quattrocento Paolo Uccello, dont la maîtrise technique est tellement surprenante qu’elle n’a rien à envier aux outils numériques actuels.

Trous noirs, constellations cosmiques, planètes lointaines forment également l’essence des sculptures de Björn Dahlem. Fasciné par les dernières avancées de l’astrophysique, il en propose des modélisations originales empreintes d’une poésie surréaliste. Ses sculptures mystérieuses composent un paysage onirique qu’il nous invite à parcourir.

David Altmejd : The Vessel, 2011, Courtesy de l’artiste et galerie Andrea Rosen, New York © Photo : Rémi Villaggi

L’application et la spatialisation de théories scientifiques sont précisément à l’origine des recherches de Conrad Shawcross dont la pièce lumineuse Slow Arc in a Cube IV joue, de manière presque hypnotique, avec les plans bi- et tridimensionnels, nous donnant la sensation d’un espace infini en perpétuel mouvement.

Centrés sur la question du vivant, les travaux de David Altmejd et Theo Jansen s’intéressent aux propriétés de transformation et de régénération de la matière. Dans l’œuvre du premier, intitulée The Vessel (« Le Vaisseau »), la transparence joue un rôle majeur. Elle nous permet de pénétrer au cœur d’un monde vitalisé, composé d’un enchevêtrement de formes organiques en mutation. Le film de Theo Jansen présente quant à lui les recherches d’un démiurge qui, depuis plus de vingt ans, s’ingénie avec succès à donner vie à ses créatures sommairement composées de tuyaux en plastique. Désormais dotées d’un fonctionnement presque autonome, celles-ci parcourent les plages du Nord, se nourrissant du vent.

Isa Melsheimer : Garten für einen glücklosen Schatten, 2011, détail, Courtesy de l’artiste, Commande et Production Mudam Luxembourg © Photo : Rémi Villaggi

La quatrième et dernière partie de l’exposition se penche sur les représentations artistiques d’univers organisés par l’activité humaine. Toutes les recherches de Miguel Palma sont sous-tendues par cette approche « universaliste » en opposition à la spécialisation. Il préfère ainsi la spontanéité et l’intuition à un savoir qu’il juge par moments abscons. « Dans mon travail, précise-t-il, je pense qu’il est très important que les gens comprennent le processus de construction de l’objet, d’une manière basique, presque géologique. » (2) Son oeuvre Carbono 14 conjugue son intérêt pour la mécanique et les engins motorisés avec une réflexion sur les écosystèmes. Les multiples strates géologiques qui le composent nous plongent au plus profond d’un monde enfoui. Comme souvent dans son approche, sa pièce n’est pas dénuée d’ironie et laisse poindre une critique sociale.

Distanciée, l’approche d'Isa Melsheimer l’est également lorsqu’elle se penche sur un contexte donné. Son intervention fait ici directement écho à la configuration du lieu. Son projet s’immisce dans un espace préexistant, le grand escalier en colimaçon, véritable morceau de bravoure dans l’architecture du Mudam signée Ieoh Ming Pei. Intriguée par le caractère impérieux du geste architectural, elle en déplace subtilement les contours et les limites, le transforme en profondeur et lui confère une charge poétique nouvelle.

L’activité humaine perce à travers le fourmillement des connexions, le maillage des réseaux qui animent les dessins labyrinthiques de León Ferrari. La fascination éprouvée devant la complexité des développements urbains fait cependant rapidement place à un sentiment de méfiance face à des modèles laissant peu de liberté à l’individu. Avant tout, ses entrelacs graphiques laissent poindre la beauté et la fragilité de l’existence.

Cette tension se retrouve chez Bodys Isek Kingelez qui nous projette dans des villes africaines futuristes et utopiques et dont les propos peuvent conclure l’exposition : « Les plaisirs de ce monde terrestre dépendent des hommes qui l’habitent. Ils ont l’obligation de mettre tous leurs talents à le façonner et refaçonner de manière à le rendre plus merveilleux que jamais. » 

Bodys Isek Kingelez : (Avant-plan) Maman Isek Mbo Bendele, 2000, Collection Fondation Cartier pour l’Art Contemporain, Paris. (Arrière-plan) New Manhattan (Manhattan City 3021), 2002, C.A.A.C. - Collection Pigozzi, Genève © Photo : Rémi Villaggi

(1) Roman Signer in Roman Signer, Phaidon, 2006, p. 47 - 48
(2) Miguel Palma in Osmosis, MP_PAPERS, 2009, p. 73
(3) Bodys Isek Kingelez in Bodys Isek Kingelez, Kunstverein in Hamburg, 2001, p. 101

Commissaires
Marie-Noëlle Farcy
Clément Minighetti

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