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ILLOGICAL THOUGHTS…

DANS LE CADRE DE « DIAGONALES : SON, VIBRATION ET MUSIQUE DANS LA COLLECTION DU CENTRE NATIONAL DES ARTS PLASTIQUES »
09/10/2010 - 30/01/2011
Vernissage 08/10/2010 18h00
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Présentée dans le cadre de la manifestation Diagonales : son, vibration et musique dans la collection du Centre national des arts plastiques, une manifestation initiée par le CNAP en France en partenariat avec vingt lieux d'art en France, en Belgique et au Luxembourg, l’exposition Illogical thoughts... s’articule autour d’installations sonores commandées pour l’occasion à trois artistes qui s’intéressent à la parole et aux cheminements de pensée illogiques que celle-ci peut générer.

Antoine Defoort : EYESCLOSEDEYESOPENEYESCLOSEDEYESOPENEYESCLOSEDEYESOPEN, 2010, Coproduction Le Vivat, scène conventionnée d'Armentières. Avec le soutien de Montévidéo, Marseille. Collection Centre national des arts plastiques © Photo : Andrés Lejona

Présentée dans le cadre de Diagonales, initiée par le Centre national des arts plastiques en collaboration avec une vingtaine de lieux en France, en Belgique et au Luxembourg, l’exposition Illogical thoughts... s’articule autour d’œuvres sonores commandées spécifiquement par le CNAP, en collaboration avec le Mudam, à trois artistes qui, dans des domaines différents - la performance, les arts visuels et la composition musicale -, s’intéressent à la parole et aux cheminements de pensées illogiques que celle-ci peut générer.

Cet intérêt se traduit par le montage de fragments vocaux hétéroclites, la construction de narrations sinueuses ou le rôle joué par certaines « contradictions flagrantes, qui sont soit fièrement assumées, soit honteusement dissimulées au moyen de sauts du coq à l’âne et de digressions sauvages » (Antoine Defoort). Le titre de l’exposition fait écho à l’un des alinéas des célèbres Sentences on Conceptual Art (1969) de Sol LeWitt : « Irrational thoughts should be followed absolutely and logically », traduisant le jeu qui se met en place dans ces œuvres entre logique et illogisme.

La pratique musicale de Pierre-Yves Macé est empreinte de l’attention particulière qu’il porte à la mise en espace du son et aux champs de la parole et de l’écriture. Fivefold Bind (2010), l’installation sonore qu’il a imaginée pour l’exposition Illogical Thoughts... se situe dans la continuité de ces recherches. Elle s’appuie sur un dispositif de diffusion composé de cinq haut-parleurs indépendants - fonctionnant comme autant de « voix », au sens musical du terme -, disposés en arc de cercle et dirigés vers un point d’écoute central. Le point de départ de l’œuvre est une série d’injonctions - verbes à l’impératif, adresses directes - collectées dans des tutoriels vidéos destinés à acquérir certains gestes techniques : monter un meuble, réparer une voiture, cuisiner une confiture aux fraises, etc. Détachés de leur contexte initial, ces fragments de voix sont combinés dans une composition qui développe entre eux des relations souvent paradoxales, si bien que le spectateur se voit adressé des « ordres contradictoires », sur le modèle du double bind, ou « double contrainte », un terme qui désigne, dans le champ de la communication, l’émission de deux ou plusieurs messages contradictoires. Ces fragments de voix sont également associés à des « actions sonores » plus ou moins reconnaissables - frottements de surfaces, battements, percussions... Comme le souligne l’artiste, un dialogue complexe s’établie entre ces deux registres sonores : « Le spectateur est à la fois chargé d’agir et déchargé de cette même action par le fait même qu’elle semble se réaliser d’elle-même, avec un écart important entre le verbe et le son concret qui est censé le ‘performer’. »

Marcelline Delbecq : Trilogy (West IV, V, VI), 2010, Collection Centre national des arts plastiques © Photo : Andrés Lejona

Qu’elles prennent la forme de pièces sonores ou d’installations combinant image et son, les œuvres de Marcelline Delbecq donnent à la question de la narration une place centrale. L’artiste développe des dispositifs associant des images à des récits diffusés dans l’espace d’exposition, se déployant sur le mode du cheminement de pensée. Pour l'exposition Illogical Thoughts..., Marcelline Delbecq propose un fragment d'une œuvre en cours, intitulée West, pour laquelle douze photographies prises à travers l'Amérique servent de points de départ à des récits retraçant les investigations d’un écrivain parti aux États-Unis pour faire des recherches sur l’auteur américain Nathanael West. Les trois récits que regroupe son installation Trilogy (West IV, V, VI) (2010) suivent ainsi le personnage dans ses déambulations, dans ses rêves, dans ses pensées : « Face à trois images dans lesquels plonger son regard, décrit Marcelline Delbecq, le spectateur est invité à faire l'expérience de miniatures littéraires contées à haute voix, légendes et chimères d’une Amérique entre réalité et fiction. En écho aux images, certes, mais aussi et surtout en écho à l'imagination de l'écoutant(e) ». Associés à des fragments musicaux et sonores réalisés en collaboration avec Bureau de Son, regroupant le bruiteur Nicolas Becker et le musicien Benoit Delbecq, les trois récits combinent deux registres de voix, celle d’une narratrice, et celle d’un homme qui, venant ponctuer la première voix, semble correspondre à ce personnage en quête d’éléments pour écrire son propre récit.

Antoine Defoort travaille habituellement dans le champ de la performance qu’il considère comme une « boîte » lui permettant de confronter les formes artistiques (vidéo, musique, installation, dispositifs interactifs, écriture...) et les sensibilités. Son univers ubuesque combine technologies artisanales, références aux champs de la musique, de la science, du cinéma, et détournements d’objets, de codes ou d’expressions. Des combinaisons qui donnent parfois vie à des narrations sinueuses, des accidents « accueillis à bras ouverts », qu’Antoine Defoort met en scène, porté par une harmonie qui confronte logique cartésienne et poésie pataphysique. La parole, la musique, l’écriture sont autant de modes d’expression déterminants dans son travail. Il les met au service de ses jeux de connexions en effectuant des rapprochements et des transpositions qui, s’ils paraissent incongrus, ne sont pourtant pas dénués d’une certaine logique : « On pourrait dire que je fais des collections de connexions, c’est-à-dire, si vous voulez, des ‘collexions’. » L'installation EYESCLOSEDEYESOPENEYESCLOSEDEYESOPENEYESCLOSEDEYESOPEN (2010) qu’il a créée pour l’exposition Illogical Thoughts..., associe ainsi, sur le mode de la logorrhée, différents niveaux de signification - éléments discursifs visuels et sonores, interventions graphiques murales... - que le spectateur est invité à expérimenter à travers le prisme d'un dispositif vidéo fabriqué à partir de lunettes vidéos et d'une webcam. En superposant des informations textuelles aux images filmées en direct, celui-ci propose au spectateur une « réalité augmentée, façon 1.0.1, qui fait se frotter le réel et sa représentation... EYES CLOSED et EYES OPEN ».

Pierre-Yves Macé : Fivefold Bind, 2010, Collection Centre national des arts plastiques © Photo : Andrés Lejona

En parallèle à l'exposition Illogical thoughts..., trois œuvres vidéos de la Collection Mudam et de la collection du CNAP sont présentées dans l’auditorium du musée. Ces vidéos mettent en scène une certaine confusion entre musique et bruit. Percussions graphiques (2006), de l’artiste algérien Yazid Oulab (*1958) montre la main de l’artiste en train de progressivement recouvrir une feuille de papier de traits noirs, à l’aide d’un crayon de charpentier, sur un rythme saccadé. Une mélopée soufie habituellement chantée lors de veillées, « Leï-la », accompagne le mouvement méditatif. La Courtisane (2003) du Suisse Denis Savary (*1981) joue sur l’incongruité de l’image et le télescopage des sons, en mettant en scène un joueur de vielle à roue, installé sur une piste de cross sur laquelle tournent des motards. La Marche Turque (2006) de l’artiste libanais Ziad Antar (*1978) montre deux mains jouant la célèbre marche de Mozart sur un piano sans cordes, la réduisant ainsi au seul rythme d’une marche militaire.

Commissaires
Sébastien Faucon (CNAP)
Christophe Gallois

Dans le cadre de l'exposition
Diaporama/Vestiaire (Collection CNAP) de Pierre Leguillon
Avec la participation de Donatienne Michel-Dansac.
04/11/2010 18h30

Avec le soutien de

Diagonales

Diagonales : un parcours inédit d’expositions dans vingt lieux d’art contemporain en France, en Belgique et au Luxembourg.

 

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