« L’ART EST UNE MANIÈRE INTUITIVE POUR EXPLORER LA RÉALITÉ »
Entretien avec les artistes italiens, Raffaella Spagna et Andrea Caretto, à l’occasion de leur conférence dans le cadre des Mardis de l’art et en perspective de leur participation à l’exposition Sketches of Space, du 19 juin au 19 septembre 2010 au Mudam.

- Raffaella Spagna, vous êtes, de formation, paysagiste, et vous, Andrea Caretto, êtes diplômé en sciences naturelles. Votre travail est une recherche sur les matières premières. De quelles matières premières s’agit-il ? Quelle valeur leur attribuez-vous ?
En général, dans notre travail, nous explorons les relations qui existent entre les choses. Comment percevons-nous l’environnement, les cycles de transformation de la matière, la morphogénèse, le rapport avec le sauvage, le processus de domestication, les transformations du paysage…
En ce qui concerne les « matières premières », elles ne concernent qu’un aspect de notre travail. Elles sont constitutives de notre corps, mais aussi de l’ensemble des objets que nous utilisons au quotidien ; elles nous intéressent parce qu’elles se situent au premier niveau de la chaîne de l’élaboration et de la transformation, et conservent encore toutes les informations sur la « nature » dont elles sont extraites. Elles révèlent le choix culturel qui en a décidé la fonction et, à travers leurs élaborations successives, la forme, l’usage, la destination.
Comme l'affirme le philosophe français Maurice Merleau-Ponty, les choses sont le prolongement du corps et ce corps est le prolongement du monde qui l’entoure. À travers la recherche sur les matières premières, nous explorons la relation avec l’altérité non humaine et l'importance de cette relation dans la formation de notre identité d'être humain.
- Vous expérimentez les rapports de l’homme à la nature à travers un travail combinant pratique artistique et recherches scientifiques. Pourquoi ?
Tout naît d'une urgence intérieure, fruit d’un instinct que nous avons décidé de suivre. La réponse à cette question trouve peut-être son origine dans l'écart qui existe entre ce que nous réussissons à interpréter de l’environnement autour de nous et de ce que les instruments d’interprétation habituels, qui sont à notre disposition - par exemple une méthode scientifique - ne peuvent nous expliquer.
Pour nous, l’art est une forme de recherche, une manière intuitive pour explorer la réalité. L’art nous permet de rechercher d’une façon libre les dimensions multiples de cette réalité : les aspects formels, qualitatifs et physiques de la matière, mais aussi des concepts philosophiques ou les relations sociales.
L’art et la science ont beaucoup de points de convergence, les deux naissent de la volonté de connaître le monde ; les connaissances qu’ils produisent sont complémentaires : plusieurs voies sont possibles pour rendre compte de la complexité du monde ; toutes les descriptions et les points de vues fournissent une vision partielle de la réalité complexe dans laquelle nous vivons, qui reste - en elle-même - quelque chose de mystérieuse. On apprend des choses grâce à des processus intellectuels, mais aussi à travers les yeux, les mains, les pieds…
- Quelle est la part de l’utopie dans votre travail ?
L’utopie réside justement dans cette tentative d’affronter et de comprendre la complexité du monde.
- Quelle expérience voulez-vous procurer aux gens ?
Qu’il s’agisse d’une action collective, d’une performance ou d’une sculpture, notre travail est toujours le résultat d’un « processus relationnel » qui provient des relations que nous établissons avec différents éléments (organiques, inorganiques, vivants ou non vivants, etc.). Le public a la possibilité de se confronter directement avec le résultat de cette expérimentation.

Action collective, depuis 2002, de récolte et de consommation alimentaire de matériaux naturels

Matériaux divers
Vue d’installation de l’exposition « O », Rurart Centre D’Art, Rouillé, France

Sel, fer, vitre, eau sursaturé du puit d'eau salée de Moriez, France
Exposition "De la Transformation des Choses" - CAIRN,
Digne-les-Bains, France

Photo sur aluminium, 70x100cm
Serre agricole en fer galvanisé, carrière d’argile Carena de
Cambiano (Turin)

Gypse collecté dans la carrière de Gypse de Malefiance (La Robine sur Galabre, France) et transformé en plâtre
Vue d’exposition "De la Transformation des Choses" - CAIRN, Digne-les-Bains, France

Action collective de creusement et construction de tanière en terre
Écomusée de l’argile de Cambiano (Turin)
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