HARALD KLINGELHÖLLER
Harald Klingelhöller utilise les lettres, les mots et les phrases comme des éléments sculpturaux, employant des matériaux qui vont du papier à l’acier en passant par le carton ou le plâtre. Les titres de ses œuvres et les mots qu’il utilise dans ses sculptures sont issus de contextes variés : articles de presse, vers de poèmes, vocabulaire emprunté à la médecine, extraits de textes légaux ou juridiques. Klingelhöller se définit comme « un flâneur dans le langage », et les mots avec lesquels il travaille sont choisis pour leur « capacité à transposer le spectateur dans un espace différent ». Ses sculptures peuvent être comprises comme la transposition dans l’espace de différentes caractéristiques du langage, parmi lesquelles l’usage de la métaphore, l’intonation ou la prononciation. Un exemple de ce processus pourrait être l’application qu’il fait de la répétition : « La répétition est nécessaire, tout comme la variation. Il n’y a pas de mot original, pourquoi se concentrerait-on sur le concept d’originalité ? »

Photo © Aurélien Mole

Les deux œuvres de la Collection Mudam présentées dans l’exposition s’intéressent à la déconstruction du langage. Les éléments qui composent 38 Teile in Form von 19 Zeichen für Tisch und 25 Buchstaben der Worte „Einmal im Leben” (38 pièces en forme de 19 signes pour table et 25 lettres des mots „une fois dans la vie”) (1981) rappellent la forme de caractères alphabétiques et peuvent être réagencés à chaque présentation de l’œuvre. La spatialisation des lettres que propose Storm of Violence, Repeated (Tempête de violence, répétée) (1995) s’accompagne de l’éclatement du sens. Jouant sur l’imbrication, à la limite de l’illisible, des lettres, l’œuvre invite paradoxalement à une lecture détaillée de l’espace, proposant un multitude de significations selon le point de vue.

Photo © Aurélien Mole
Häuser zwischen Häusern zwischen vergessenen Häusern, Schrankversion (Maisons entre maisons entre maisons oubliées, versions cabinet), Das Meer bei Ebbe geträumt, zweifach, Schrankversion (La mer rêvée à marée basse, deux fois, version cabinet) et Fenster durch Fenster gesehen, Schrankversion (Des fenêtres vues à travers des fenêtres, version cabinet) (2007) font partie d’une série d’œuvres intitulée Schrankversionen. Ces œuvres prennent la forme de sculptures murales en plâtre ou aluminium comportant des tiroirs à moitié ouverts dont la taille et la disposition évoquent le nombre et la longueur des mots qui composent le titre de chacune des pièces. Les tiroirs fonctionnent comme des espaces intermédiaires entre la sculpture et l’espace d’exposition à travers le langage : « Avec la série des Schrankversionen, on ne voit plus les lettres, mais on voit les cadres fournis par les mots, qui donnent la forme aux proportions des tiroirs. Il y a un glissement du détail au contour. C’est un écart de plus par rapport aux lettres mais ce n’est pas déconnecté du langage. »
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