EDWARD RUSCHA
Ed Ruscha décrit la relation qu’entretiennent les mots et les images comme « deux choses qui ne demandent même pas à se comprendre l’une et l’autre ». Cette hétérogénéité entre langage et espace est au coeur de l’œuvre picturale qu’il développe depuis la fin des années 1950. Les mots qu’il utilise proviennent de contextes variés : « Je peux attraper des choses aussi différentes que des noms de cocktails bon marché ou un psaume biblique. »

Réalisées à une douzaine d’années d’intervalle, les deux peintures Blue Collar Tool & Die (1992) et The Old Tool & Die Building (2004) illustrent les jeux de glissements du langage et du sens à l’œuvre dans sa pratique. La première nous montre un bâtiment industriel arborant l’enseigne « Tool & Die », avec pour décor un ciel menaçant. La seconde dépeint le même bâtiment, mais l’enseigne a été remplacée par une suite d’idéogrammes indéchiffrables et l’un des murs est recouvert de graffitis, offrant une version 'détériorée' du paysage urbain peint dans l’œuvre de 1992.
House of Hollywood (1986) évoque différents thèmes récurrents dans l’œuvre de Ruscha, à commencer par celui du cinéma : Ruscha vit à Los Angeles, non loin de l’enseigne qui est dépeinte ici, et le rapport principal qu’il reconnaît entre sa peinture et le cinéma concerne notamment l’utilisation du format oblong qui rappelle les proportions des écrans. Ce format en longueur fait également écho à la matérialité du langage : « J’ai dans mes peintures une attitude très obstinée concernant le mode horizontal. Je pense que j’ai de la chance que les mots soient également horizontaux… » L’intérêt de Ruscha pour l’enseigne d’Hollywood concerne également l’idée de décor. Dans une autre peinture, il a par exemple représenté cette enseigne vu de derrière. C’est ici une lettre manquante qui vient perturber la lecture.


Cette idée de décor se retrouve dans les deux peintures High-Speed Gardening (1989) et Industrial Strength Sleep (1989) qui mettent en scène des mots peints sur des fonds dégageant une atmosphère sombre et inquiétante. Comme dans de nombreuses toiles de l’artiste, ces fonds fonctionnent comme des « décors anonymes pour le théâtre des mots ». Les deux toiles marquent l’intérêt de l’artiste pour la mise en relation de mots et d’images sans liens directs, dont le rapport ne peut pas être expliqué.

Trouble Your Way IF YOU Insist On Ratting (1997) fait partie d’une série d’œuvres intitulée Cityscapes, représentant des rectangles monochromes sur des fonds de différentes couleurs, comme si les mots avaient été effacés.
Les phrases, seulement lisibles dans le titre, empruntent souvent un ton proche de la menace. Comme le souligne Ruscha à propos d’autres toiles faisant figurer des mots effacés, cet effacement peut évoquer plusieurs interprétations, soit les ratures du censeur, soit l’opposé : il peut suggérer « un espace pour la pensée ».
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